Anti-Graphic America
De 1950 à 1959, les photographies de Dan Weiner (1919 – 1959) ont été publiées dans les grands magazines américains (Fortune, Collier’s, New York Times Magazine…). Nombreux sont les fils qui le relient à la génération plus ancienne de Cartier-Bresson, Alvarez Bravo et Evans, et son exposition s’inscrit logiquement dans la suite de Documentary & Anti-graphic Photographs.|
S’il n’utilisait pas l’expression antigraphic, Weiner parlait de « ressusciter le mot documentaire ». Il manifestait une profonde méfiance à l’égard du formalisme et avait la préciosité en horreur.
Son plus grand atout résidait dans une capacité d’observation hors du commun et qu’on a rapprochée de celle de Daumier. Et il est vrai qu’en plus du spectacle de la vie quotidienne et des gens ordinaires, il était captivé par celui du conformisme. Les reportages – la plupart réalisés pour le compte du magazine Fortune – l’avaient ouvert à l’univers des banlieues et au monde du travail, des usines et des bureaux. Mais, de manière plus générale, on peut dire que la booming America des golden fifties – l’Amérique riche et prospère des années ‘50 – était son sujet. Il s’intéressait indistinctement à toutes ses manifestations : le monde de la consommation, l’empire de la publicité, l’influence croissante de la télévision, le marché de l’électroménager et des gadgets qui s’offraient aux femmes au foyer, les bals de collégiens, le baby boom, la nouvelle classe moyenne, les entrepreneurs californiens et leur success stories, mais aussi les rues peu sûres des grandes villes, la présence de la police, les individus paumés ou les turbulences provoquées par le mouvement des civil rights de Martin Luther King.