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Détail

© Anonyme, Témoin cagoulé, non daté (Collection Dancing Bear)

© Anonyme, Portrait de femme (spirite ?), XIXe siècle (Collection Dancing Bear)

© Carlos Motta, Pesca Milagrosa, 2002 (Collection Dancing Bear © Carlos Motta. Courtesy of the artist Kevin Bruk Gallery, Miami)

© Larry Gianettino, Doigt en sang (autoportrait), 2000 (Collection Dancing Bear)

© Patrick Tosani, Masque noir, 1998 © Patrick Tosani / ADAGP

Sans Regard

La collection Dancing Bear de W. M. Hunt

23.02.200605.06.2006

Après son succès à Arles, l’impressionnante collection de W. M. Hunt sera présentée au Musée de l’Elysée. Minutieusement et de manière quasi obsessionnelle, W. M. Hunt a collectionné pendant près de 30 ans des photographies répondant à un seul étrange critère : l’absence du regard. Photographes célèbres ou anonymes issus de toute l’histoire de la photographie sont ainsi réunis autour du regard détourné, interrogeant à travers leur collection l’acte de voir et d’être vu.|

Il y a trente ans, lors d’une vente aux enchères à New York, W. M. Hunt – sans idée préconçue - achète sa première photographie : Le Rêve d’Imogen Cunningham, un cliché de 1910 représentant une femme voilée de blanc.

Ce sera le point de départ d’une véritable quête pour cet ancien comédien, passionné de photographie. Il a rassemblé depuis plus d’un millier d’images, tournant pour la plupart autour d’une idée : l’absence de regard (« No Eyes », titre original de la collection). Les variations sur ce thème sont multiples (yeux fermés, baissés, flous, cachés, blessés, visages ou corps détournés, etc.). Elles empêchent tout contact entre le spectateur et le sujet photographié, malgré des prises de vue parfois très rapprochées. Bien qu’ils ne soient plus considérés comme les « fenêtres de l’âme », les yeux sont un élément capital à notre lecture et notre compréhension du portrait photographique. L’impossibilité d’un contact visuel entre « regardeur » et « regardé » surprend, déroute, voire dérange. Et c’est là l’une des forces de cet ensemble, qui oblige le visiteur à envisager d’autres moyens d’entrer en relation avec le sujet.

L’étrange collection de W. M. Hunt représente tous les genres (photographie de reportage, artistique, scientifique, documentaire, amateur) et couvre toute l’histoire du medium, de l’ère du daguerréotype à la création contemporaine. Des clichés anonymes, des tirages de peu de valeur marchande côtoient certains des plus grands noms de la photographie. Ainsi, parmi des œuvres méconnues ou oubliées, on trouve des travaux réalisés au 19e siècle par Nadar, les Frères Alinari, Julia Margaret Cameron ou Disderi. Edward Weston, Man Ray, André Kertész, Bill Brandt, Richard Avedon, Diane Arbus, Irving Penn ou Robert Mapplethorpe sont quelques-uns des prestigieux représentants du 20e siècle. La photographie contemporaine n’est pas en reste avec des œuvres signées Cindy Shermann, Adam Fuss, Philip-Lorca diCorcia, Gary Schneider, Gerald Slota, Duane Michals ou Philippe Pache.

Les acquisitions de W. M. Hunt sont le reflet de ses obsessions et tiennent souvent du coup de cœur. Pour le collectionneur, c’est une histoire d’étincelle, d’attirance mutuelle : « Je ne choisis pas les photographies, ce sont elles qui me choisissent », dit-il. Rassemblée sans logique ni rigueur apparentes, cette collection - outre les trésors qu’elle contient - traduit une démarche artistique très personnelle, un moyen d’exprimer une vision du monde.

A la sélection présentée aux Rencontres d’Arles l’année dernière, le Musée de l’Elysée a ajouté une section inédite : les visages dans la photographie amateur. Près de 400 photographies sont montrées à Lausanne, avant leur retour à New York. L’exposition est organisée en collaboration avec les Rencontres d’Arles.