Jean-Claude Wicky

Du 28 novembre 2002 au 26 janvier 2003

Mineros

Jean-Claude Wicky, Valentin Mamani, 1987

Les photographies prises par Jean-Claude Wicky entre 1984 et 2001 relatent le dur labeur des mineurs de Bolivie, pays réputé pour ses filons d’étain et d’autres métaux.| Du lac Titicaca à la frontière argentine, l’Altiplano bolivien est particulièrement riche en minerais. Loin de tout, ce haut plateau au relief tourmenté s’élève à une altitude moyenne de quatre mille mètres et s’étend sur près de mille kilomètres de long et deux cents de large. Il est encadré par de majestueux sommets, divinisés par la mythologie indienne. Un paysage sauvage, aride, soumis au froid et au vent, où vit cependant la moitié de la population du pays !

Après une expédition éprouvante au cœur d’une mine de Potosí, Jean-Claude Wicky décide d’effectuer un travail photographique de longue haleine. Depuis 1984, il a parcouru une trentaine de mines et visité les villages qui en dépendent, appelés campements – juste reflet de leur statut provisoire et inhumain. Pour lutter contre la faim, anesthésier leur fatigue et augmenter leur résistance, les mineurs mâchent la coca, feuille utilisée dans de nombreux rituels depuis les temps pré-incaïques. Elle fait l’objet d’une offrande symbolique à El Tio, divinité protectrice d’origine pré-colombienne, gardienne des richesses souterraines, qui a vraisemblablement pris les traits du diable après l’arrivée des Espagnols.

Alors qu’il escaladait les cheminées, rampait dans des boyaux privés d’air ou longeait des sentiers vertigineux, plaqué à la paroi, Jean-Claude Wicky réalisait l’ampleur de sa tâche : « Comment photographier l’humidité, la chaleur, le manque d’oxygène, l’odeur âcre du minerai qui imprègne votre corps ? Comment photographier l’obscurité de la mine, épaisse, plus impénétrable que la roche, qui efface tout sens de l’orientation, toute notion de temps et de distance, l’obscurité qui vous brûle les yeux et fait disparaître votre corps ? » Le défi fut relevé avec justesse, loin de tout misérabilisme, avec une représentation de la solitude des mines d’une terrible beauté.

Jean-Claude Wicky, Deux tonnes à pousser, 1987

Jean-Claude Wicky, Interior Mina 1987

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