Thomas Ruff

Si la photographie est marquée dès ses débuts par la tension entre réalisme et fiction, le photographe allemand Thomas Ruff consacre toute son oeuvre à dénoncer l’ambivalence du médium. En 1984, il s’inspire du modèle esthétique de la photographie d’identité pour réaliser une série de portraits de ses amis de l’académie de Düsseldorf. Suivant les normes, les figurants posent face à la caméra, sur un fond neutre, exposés à un éclairage frontal et diffus. Le cadrage symétrique et central répond aux mêmes exigences. Malgré l’intimité du photographe avec ses modèles, les visages sont vides d’émotion. Ces portraits présentés dans un format monumental semblent aussi lisses que la surface du papier photographique, et démontrent que la photographie ne fait que reproduire « l’authenticité d’une réalité pré-arrangée et manipulée ». En 1991, Ruff retravaille une douzaine de ces portraits en changeant la couleur des yeux de tous les figurants en bleu. La série intitulée Blaue Augen [Yeux Bleus] fait référence à la pratique photographique anthropologique du XIXe siècle. (Image : Portrait (Petra Lappat) © 2011, ProLitteris, Zürich / Courtesy Victor & Karin Gisler, Mai 36 Galerie, Zürich)