Michael Fent

Michael Fent s’intéresse au portrait photomaton comme mode de représentation normé correspondant à des règles éditées par l’État. En 2003, pendant la guerre d’Irak, un bateau transportant 98 immigrants clandestins venus du Kurdistan échoue sur une plage perdue du sud de l’Italie. Le lendemain, le jeune photographe suisse retrouve sur le lieu du débarquement cinq photographies d’identité, déchirées par leur propriétaire et altérées par l’eau de mer. Il reconstitue ces portraits et en réalise des agrandissements, mettant en évidence leurs caractéristiques communes (portrait en buste, pose frontale, fond neutre, etc..) exemplaires de la photographie judiciaire. Surtout, la présence dans trois images d’un papier numéroté apposé sur le torse des personnes photographiées rappelle le portrait criminel et le système de fichage mis en place par les administrations pour contrôler la population. Cet ensemble de portraits abîmés, sans titre, évoque l’avenir incertain de ces individus qui mettent à mal la coercition d’Etat en choisissant de se destituer de leur identité officielle. (Image : Ohne Titel [Sans titre]© Michael Fent / ECAL, Lausanne)